Rendez-nous notre mascotte Ricou !
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Rendez-nous notre mascotte Ricou !

A la découverte d'un singulier pyrénéen.
Texte Stéphane Piccolo + JB Bazzarini + 26in
Photos JB Bazzarini +  Cédric Noël
Texte Stéphane Piccolo + JB Bazzarini + 26in
Photos JB Bazzarini +  Cédric Noël
A la découverte d'un singulier pyrénéen.
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A l'heure ou tout le monde se prépare pour ressortir les vélos, il y a un passionné dans le sud de la France qui se pose une autre question : «  comment vais-je pouvoir faire pour reprendre le bike.. ? »

Mais d'abord nous aimerions vous présenter le personnage.

Il y a des rencontres dans le milieu du vélo qui vous marquent et on peut dire que « Papy Ricou » est l'une d’entre elles. Non pas en atteignant des vitesses hallucinantes, des whips à la limite du 180 ou encore un flow qui défie l'entendement ; mais plutôt avec une présence qui donne ses lettres de noblesses au vélo que l'on pratique tous. Et ceci peut importe le niveau ou la discipline.

Rouler avec Papy c'est se souvenir pourquoi on aime rouler. Il est de tous les événements, de toutes les sorties et de tous les coups de pelles.

Pour tout ceux qui on eu la chance de rouler avec lui, c'est simple : ils s’en souviennent.

Ricou c'est un passionné jusqu'au bout du bout. 56 ans ! Et presque autant sur un vélo ! C'est avant tout un personnage qui sait profiter de la vie, et pour qui chaque run entres amis et un cadeau.

L'essence du vélo si on en mettait dans le réservoir.

• Salut Ricou, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Eric Miquel. Mes ami(e)s me surnomment Ricou, ou PapyRicou. J'ai l’âge où le sport me maintient en vie mais où la pratique telle que je la conçois m'est fortement déconseillée! Une sorte de "french paradox" en somme!

• Quand as tu commencé la pratique du vélo et d’où cette idée t’es t elle venue ?

Très jeune, je récupère mon premier vélo que je m'empresse de tester dans le champs en pente derrière chez moi. S'en suit alors des duels mythiques avec mes copains. Bien entendu, on casse du matériel mais on a la "chance" d’habiter pas loin d'un dépôt d'ordures/terrain de moto cross sauvage, qui nous procure tout ce que l'on peut imaginer. C'est grâce à ce lieu que je développe quelques notions en mécanique ainsi qu'un coup de guidon un peu trop optimiste. À l'adolescence j'ai bifurqué vers le monde de la moto pour en faire mon metier jusqu’à en oublier le goût de l'effort.

• Tu peux nous raconter ton premier souvenir sur un deux roues (VTT si possible) ?

Début des années 90. Un pote motard arrive chez moi avec un des premier vtt Peugeot en me disant qu'il fallait que j'essaye ca. Je me jette dans la descente au fond du jardin... Et je fini en OTB! Ça a réveillé une vieille passion. Trois jours après, j'achetais un Emery stock et je participais à ma première course de DH à Ceret (66), habillé d'un perfecto et d'un casque integral de moto (voir photo), sous une pluie diluvienne. Tellement que ça a refroidi l'organisation qui a annulé l’épreuve. Nous étions une trentaine de riders inscrits et l'ambiance étaient au top. Donc nous avons décidé de descendre à nos risques et périls ! J'ai de suite « adhéré ».

• Raconte nous un peu ton parcours et ses grandes étapes jusqu’à aujourd’hui


Je n'ai pas un parcours de sportif de haut niveau. Le sport, à mon avis, est avant tout un jeu et mon humble niveau m’amène à voir les autres participants comme des partenaires, et non comme des concurrents. De la première Mégavalanche (appelée Trophée du Pic Blanc) à la dernière K-Bourre, j’écume tous les rassemblements vtt qui m’intéressent. 

À chaque bulletin d'inscription à la rubrique palmarès j’écris "toujours vivant"!

Eric "Ricou" Miquel

C'est ce qui me caractérise, ma constance! Et à la longue, ça paye! On m'offre des cuillères en bois comme des prix du fair play. Et comme je suis souvent le seul imbécile de mon âge à participer, je me retrouve fréquemment sur la boîte! Ces moments où la victoire comme la défaite ont le même goût!

• Qu’est ce qui a fait que tu n’as jamais lâché le vélo?


J'aime mes semblables, et encore plus ceux qui vivent leurs passions. C'est dans le vtt que je rencontre encore des gens qui veulent partager leurs émotions. Je ne compte plus le nombre de fois ou j'entend « Ricou, on a ouvert une nouvelle trace, il faut que tu vois ca, c'est de la balle ! » et je prends plaisir à me retrouver au milieu de nulle part, prêt à découvrir de nouveaux spots sauvages et donner un coup de main pour nettoyer une piste, ou la rendre plus ludique. À la fin de la journée, on a tous ce sentiment d'avoir passé un moment inoubliable, heureux d’être ensemble, une bière a la main (ou pas) avec les Pyrénées comme toile de fond. Quand on a connu ça, comment le lâcher? Tant que j'aurais la caisse pour "monter", je serais là!

• La rumeur dit qui tu es une source intarissable d’anecdotes plus folles les unes que les autres, tu en aurais une pour nous là?


Cela fait 28 ans que je roule et ma besace à mémoire est pleine d'anecdotes. Je parlais plus haut de la première Mega a l’Alpe d’Huez (Merci Mr Edward pour vos bonnes idées), c’était la première fois que je montais à plus de 3000m et, autant moi que mon semi rigide, n’étions préparés à ça! Au sommet j’étais au milieu de 200 "allumés" dont certains avec des vtt tout suspendus. J’ai "kiffé" le départ en ligne sur le glacier non damé... Un vrai coupe gorge! J'ai réussi a finir la descente après une grosse boîte et deux crevaisons, mais hors temps! Je crois que c'est Francois Dola qui avait gagné ce jour là. J’en suis repartis avec des lésions, des rappages et une k7 video!

Il y a aussi ma rencontre avec le concepteur des trottinettes tout terrain (Joël Rauzi) au salon de la montagne à Toulouse. Au départ il avait construit ces trottinettes pour entrainer ses chiens car il était musher. Je devine de suite le potentiel ludique de ces "engins" et je lui laisse mon numéro de tel au cas où il aurait besoin d'un rider pour un test en montagne. Huit mois plus tard il m’appelle pour me proposer un héliportage sur le Mont Calm. Après plusieurs tentatives, on arrive enfin au sommet, sous un orage de chez nous. Comme c’était la première fois que ce mont là était descendu en deux roues, la presse était présente et il était programmé que l’on s’arrête au refuge pour manger et faire des photos mais l’apéro qui a suivi fut déraisonnable et le reste de la descente aussi! Quelques semaines plus tard une photo de cette journée était sur le magazine Sciences et Vie à la rubrique bizarre!

Ajoutez des photos (2020px)

• Maintenant qu’on en sait un peu plus sur toi, pourrais tu nous expliquer ce qu’il t’es arrivé l’année dernière?


Je suis né avec une malformation au pied gauche mais non décelée. J'ai toujours eu un pied plus gros que l'autre et je vivais avec, année après année en travaillant sur des chantiers en interim pour assurer le quotidien. Je me disais que c’était les chaussures de sécurité, que je marchais trop, que ça irait mieux après du repos (repos que l'on ne prend jamais vu qu'on préfère rouler) mais l'année dernière ça s'est aggravé. Je ne pouvais plus marcher ni poser le pied au sol. Je suis rentré aux urgences debut avril et ils ont diagnostiqué une rupture de deux artères. Ils m'ont proposé de colmater ces brèches mais que le résultat allait être aléatoire à cause de cette malformation, et qu'a défaut de réussite, l'amputation étais inévitable.

• Comment en es-tu arrivé à l’amputation?


C'est après la deuxième embolisation que mon pied gauche s'est gangréné. Alors on a essayé des séances de caisson hyperbarre, à raison de quatre heures par jour, pour oxygéner au maximum les extrémités de mon pied. Outre la douleur, le pire pour mon moral était de sentir l'odeur de putréfaction quand on changeait mes pansements. Après 20 jours passés en structure, et sans amélioration, l’équipe médicale m'a mis devant le fait accompli. C’était à moi de décider de mon amputation. Il m'a fallu sept jours pour l'accepter ! Le 11 septembre, après 6 mois de souffrance, je me faisais opérer.

• Il parait que malgré tout tu as toujours gardé le sourire, tu as toujours eu un esprit positif par rapport à ta situation, comment y arrivais-tu?


Quand tu passes huit mois de l'année dans des hôpitaux, tu noues des liens, tu côtoies des malades, tu discutes et tu t’aperçois que beaucoup de personnes sont en souffrance, avec des séquelles irrémédiables voire quelquefois des dénouements fatals ! Certes, je me retrouve dans un fauteuil roulant avec une demie jambe en moins mais je suis d'un tempérament optimiste. J'ai eu une vie bien remplie et j’espère continuer de la vivre avec de bon moments et de belles rencontres parce que j'ai des super ami(e)s, du genre qui te font sentir vivant, de ceux que j'appelle affectueusement mes âmes sensibles, qui prennent de mes nouvelles ou qui me rendent visite et qui t'offrent à vivre des nouvelles aventures comme celle-ci ! Pour eux aussi je me doit d’être vivant. La vie est facétieuse, demain c'est peut-être eux qui auront besoin d'aide. Puis j'ai mon épouse, mon 51%! Pour elle je n'ai pas assez de mots!

• Où en es-tu maintenant et quel est ton objectif?


Pour l'instant j'apprends à marcher avec une prothèse. J'ai obtenu une demi douzaine de CACES d'engins de chantier et ce n'est pas 50 cm de tube d'alu qui vont me décourager! En parallèle je modifie toutes les pièces de ma maison afin de l'adapter à mon handicap et en ce qui concerne ma rééducation.

J'essaye de m'entendre avec certaines institutions qui orientent mon avenir par rapport à mon âge, sans tenir compte de mon passé, qui t'appareillent pour marcher et qui te font bien comprendre que pour le sport, il y aura un supplément car non remboursé!

• J’ai entendu dire que si les gens veulent t’aider il y a une cagnotte mise en place?


C'est ce que je vous disais plus haut, j'ai des super potes, et ils ont mis en place une cagnotte avec toute la tribu VTT pour m'aider à obtenir une prothèse adaptée. Je ne sais pas encore comment je vais pouvoir les remercier. Pour commencer en étant présent sur leurs journées de ride, que ce soit pour donner un coup de mains ou avec mon célèbre stock de pieces pour sauver l’éternel "maffré(e)". Mais je compte bien (re)rouler d'autant plus que j'ai entendu dire qu'il y aurait une piste sur un futur bike park qui portera mon nom (de mon vivant!). Une piste facile et ludique, comme j'aime! Encore une occasion à ne pas rater. (NDLR : Cela sera une piste du "Zone 2 Ride Bike Park")

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Aidez Ricou à remonter en selle.

Bref un cauchemar qu'aucun d'entre nous n'a envie de vivre.... Mais vous savez quoi ? Eric en plus de ses qualités et de sa femme Sylvie, à une volonté de fer. Non seulement il ne se plaint pas du tout mais en plus il ne veut pas qu'on le plaigne. Aujourd'hui il a un objectif qui lui tient à cœur : Remonter sur un vélo. Non sans douleurs par faute de prothèse adaptée. Et le problème c'est qu'à 56 ans il n'a pas le droit à mieux. Hors son but et de retourner profiter des bike park et de rouler avec ses nombreux amis. C'est pourquoi, après pas mal de temps, d’insistance de ses amis et le fait accompli, il a accepté de mettre en place un crowdfunding histoire de récolter des fonds. Non pas pour qu'il roule à nouveau. Mais plutôt pour que tout les riders des Pyrénées et alentours puissent à nouveau profiter de lui. Et même si ce n'est pas un athlète paralympique se dire qu'on peut tous avoir la chance de continuer à vivre notre passion quoi qu'il arrive et à n'importe quel âge. 

Vous pouvez faire une énorme différence en donnant ce que vous pouvez sur ce lien (pour info un prothèse de sport c'est 15.000€) : https://www.okpal.com/un-jambe-pour-ricou

Et si une marque de VTTAE passe par là... ? C'est exactement ce qui l'aiderai.

2 commentaires

shape

inscrit le 09/04/13
Matos : 1 avis
Et ne vous y fiez pas 2500€ c'est un premier palier qu'il faut surpasser !!!
Et petit cadeau surprise pour mon Ricou
 

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