Construction d'un pumptrack
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Construction d'un pumptrack

Etude de cas du pumptrack public de Vif en Isère
Texte Léa W2L
Photos Oliver Gough
Vidéo Gils'on Tracks
Texte Léa W2L
Photos Oliver Gough
Vidéo Gils'on Tracks
Etude de cas du pumptrack public de Vif en Isère
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Qu'est-ce que c'est un pumptrack ?

"To pump" : pomper. "Track" : piste. Une piste où il faut pomper. 

Un pumptrack est une piste courte, construite à la main ou avec des machines, qui est formée de bosses et de virages relevés. Les bosses peuvent s'enrouler ou se prendre en sautant. Les courbes sont assez plates -contrairement aux courbes de sauts de dirt jump. On peut utiliser son VTT pour rouler sur un pumptrack (VTT dirt hardtail en 26" dans l'idéal). On ne pédale pas (en théorie) lorsque l'on évolue sur un pumptrack. Ce sont nos bras et nos jambes qui agissent comme des pistons pour pomper. Il faut utiliser la forme du terrain pour créer et conserver la vitesse.

La piste est en générale "fermée" et on peut tourner en boucle autant que l'on souhaite, ou plutôt autant que notre coeur, nos muscles et nos poumons peuvent le supporter. Vous pouvez sur notre guide des spots trouver pas mal de pumptrack et si le votre manque vous pouvez le rajouter !


Un peu d'histoire

La discipline telle qu'on la décrit dans cet article est assez récente, à la faveur de constructions de plus en plus nombreuses de pumptracks publics accessibles à tous dans les années 2010. Les enchaînements de whoops et virages relevés ont toujours existé en marge des champs de bosses mais c'était plus un petit bonus pour s'échauffer ou remonter la ligne de jumps. 

On retrouve dans le pumptrack un condensé de toutes les disciplines qui existent. Il emprunte au BMX Race la forme des modules, il utilise la vitesse d'exécution du dual slalom, les sauts du 4X et pour les plus doués les figures du dirt... 

Aujourd'hui le pumptrack est ludique et accessible à tous mais aussi compétitif. En 2010, les Crankworx ont intégré le pumptrack dans les épreuves, en 2018 on a vu le "Red Bull Pumptrack World Championships" éclore et en 2019 le pumptrack sera inscrit aux disciplines officielle de l'UCI. Il y aura donc un champion et une championne du monde de pumptrack (tongs interdits...). 


Les premiers pumptracks ouverts au public en France étaient en terre (on se souviendra du boulot de Jonathan Mahec aka Cervo). Par la suite sous l'impulsion des suisses de Velosolutions GmbH- la boite de Claudio Caluori- on a vu des pumptracks en enrobé apparaître. Le premier dans ce genre a été inauguré en 2013 et il se trouve à Zurich (voir notre article à son propos).  En France le premier pumptrack public en enrobé est sorti de terre à l'été 2015 et il se trouve en Alsace à Willgotheim (voir la fiche spot). Petit à petit d'autres entreprises spécialisées dans la construction ont vu le jour et nombre de pumptracks à travers l'hexagone ont fleuri, on compte aujourd'hui une bonne quarantaine de pumptracks enrobés qui sont gratuits et roulables à tout moment. 

Dessine-moi un pumptrack

A travers l'exemple de la structure "Gils'on Tracks" et le pumptrack de VIF (38) nous allons vous expliquer comment on construit un pumptrack !

  1. Pour commencer il faut trouver un terrain plat (on peut rectifier et faire de la nivologie avec la terre). La surface au sol sera celle que vous pouvez utiliser, vous pouvez réussir à faire des trucs sympas sur 80m² et pas besoin d'un terrain de foot entier pour cela sauf si vous avez des rêves de grandeur (et le budget qui va avec !). 
  2. Faites les plans, décidez si vous aller faire des pistes de différents niveau, si vous allez mettre des jumps, si vous allez rajouter des modules, si vous tournez dans le sens d'aiguille d'une montre ou non, etc. N'oubliez pas les évacuations d'eau.
  3. Préparez la piste avec la terre (soit vous ramenez de la terre, soit vous creusez sur place).
  4. Rajoutez le bitume, tassez fort à la plaque vibrante et c'est fini !
  5. Roulez !


Le pumptrack de VIF (38) imaginé et construit par Gils'on Track en quelques chiffres :

  • 3000 tonnes de terre
  • 100 tonnes d'enrobé
  • 10 jours de chantier et une dizaine d'ouvriers en tout (conducteur d'engin, spécialistes de la pose d'enrobé, pose du drainage, paysagiste si besoin...). 
  • Un système de drainage installé (l'eau qui stagne entre deux whoops est votre ennemie #1)
  • 3 machines
  • 1 piste débutant (40 mètres de long)
  • 1 piste "tous public" (300 mètres de long)
  • 1 step-up pour les experts
  • 3 entreprises (Alp'Etudes, Gils'on Tracks et Converson-Eiffage) 
  • Coût : 138.000 euros (source)


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Qui paye ?

Si vous avez lu attentivement, vous avez vu le coût du pumptrack public de Vif et cela représente une belle somme, à moins d'avoir gagné au loto, il vous faudra de l'aide.  Développons un peu plus ici la partie financement.

Pour ce qui est des pumptracks accessibles à tous, il s'agit de financement de la mairie voire de la commune et parfois elles bénéficient de subventions européennes, nationales ou départementales.  Pour démarrer ce genre de procédure il faut préparer un dossier et rencontrer les élus. Il faut prendre le temps d'expliquer ce joli sport, en quoi ce genre de structure est utile à la population, à qui cela bénéficierait (d'où l'intérêt de l'enrobé qui permet de rassembler les skates, rollers et trottinettes voire fauteuils roulants), quel serait l'impact suite à la création d'un tel lieu (environnemental, économique, social). L'argument de la compétition à niveau mondial peut s'avérer intéressant tant certaines mairies raffolent de la gloire que cela procure d'avoir un.e champion.ne du monde dans son village ! Et pour finir un pumptrack contrairement à un skate park est moins accidentogène, cela peut clairement jouer en votre faveur. 

Souvent les pumptracks sont construits dans des petites villes voire villages car la place ne manque pas. Pour les grandes villes c'est encore un peu compliqué. Mais il y a bien un pumptrack à Brooklyn alors ne perdons pas espoir de voir un pumptrack sur le Trocadéro ! Les grandes villes présentent souvent des votes participatifs à propos de projets diverses monté par les citoyens (exemple à Strasbourg, à Grenoble, à Paris...). Utiliser ce biais pour faire valoir ce genre de structure peut s'avérer un excellent levier.  

Rêvons plus fort : en Suisse à Sils, il existe un (gros) pumptrack dans la cour de récréation de l'école du village !

NB : dans le cas du pumtrack de Vif, le projet a été porté par le conseil des jeunes de la municipalité iséroises. 

Ok et ce dossier il ressemble à quoi ? 

Le dossier c'est un document en général d'une bonne vingtaine de pages qui présentent les points énumérés ci-dessus. Pour le porter il vaut mieux constituer un groupe et essayer d'avoir des acteurs reconnus (moniteurs MCF du coin, sportif.ve local, ...) qui parrainent le projet. Il faut toujours avoir en tête que la personne qui lira le dossier ne connait rien au VTT et encore moins au pumptrack donc il faut que toutes les infos trouvées dans le dossier permettent à la personne de se faire une belle idée. N'hésitez pas à venir en discuter ici (ou sur le forum) si vous souhaitez des conseils. 

Avec quoi construire ?

Pumptrack en terre : coût global moindre (et si le terrain s'y prête, vous n'avez même pas à ramener de terre). Possibilité de moduler au fil du temps pour changer la forme et varier les plaisirs. Ne nécessite pas de grosse machine, pelles et pioches peuvent suffire. Adaptée aux VTT, draisiennes et BMX. Fait moins mal à la chute. Demande un entretien régulier (arrosage et coups de pelles).

Pumptrack avec un enrobé de bitume : coût élevé lié au bitume et à la main d'oeuvre pour la pose de ce revêtement. Pas de possibilité de changer les courbes et les réparations peuvent être compliquées. Peut accueillir des skates, rollers, trotinettes et fauteuils roulants. Gratte la peau quand on chute.

Pumptrack en bois : Il existe des pumptrack "modulaires" faits de panneaux de bois. Ils sont faciles à monter et démonter si besoin. Mais le bois est très glissant et en général peu agréable à rouler et les sorties de pistes s'avèrent périlleuses. On l'utilisera surtout pour des animations ponctuelles pour faire découvrir à un public novice. 

Pumptrack avec un enrobé de béton : On ne connait qu'un exemple (pumptrack de Zurich), il prend les avantages de l'enrobé mais il est plus fragile et a tendance à se décoller par plaque. Il a été abandonné au profit du bitume. 

A quoi sert de pomper ?

Nous ne sommes pas de shadoks après tout, pourquoi irons-nous pomper ? 

Le pumptrack a été prouvé bénéfique dans le cadre de la préparation physique (pour le cardio, c'est excellent), cela peut vous aider pour acquérir de la technique (manual, appuis, virages, sauts), c'est assez fun (et tout ce qui est fun est utile, non ?), on peut s'en approprier avec différents engins (VTT, bmx, skate, rollers, trotinettes et on se répète : fauteuils roulants). Débutant, experts, enfant et adultes y trouveront leur compte. 

On reviendra vers vous avec un article porté sur le roulage prochainement. 


Cerise sur le gâteau, d'après les services de police de la ville de Wishaw (près de Glasgow) la création du pumptrack est correlée avec une baisse de la délinquance junévile. "Cela donne quelque chose à faire aux jeunes" explique un des policiers.  

Voici une vidéo avec l'interview du maire de Vénéjan (30) et le sénateur du Gard qui expliquent être convaincus du pumptrack construit sur leur commune. Si cela peut vous être utile ! 

Un mot pour la fin.

*Transmettez l'amour du vélo à vos enfants et ils n'auront jamais d'argent à dépenser pour la drogue. 

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11 commentaires

domback
Statut : Expert
inscrit le 12/09/07
Stations : 19 avisMatos : 6 avisPhotos : 3 photos du jour
Costaud l'article, bravo! Et effectivement très bel outil sportif, social et jouissif de 3 à 103 ans (on peut rêver;). Je tente de promouvoir la construction d'un pumptrack dans ma commune, mais c'est pas encore gagné... un autre bel exemple en Suisse est Coire, où le pumptrack en bitume est construit au milieu d'un secteur résidentiel (bâtiments) avec un parc de jeux et de la verdure... tout le monde peut s'y retouver et s'amuser!
 

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domback
Statut : Expert
inscrit le 12/09/07
Stations : 19 avisMatos : 6 avisPhotos : 3 photos du jour
En si jamais la photo de mon profil c'est au skatepark/pumptrack de Lacanau, à côté du lycée... aussi bien vu!
 

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kampfar
Statut : Confirmé
inscrit le 21/10/08
Pour la pérennité de la piste, poser le goudron sur une piste fondée en terre ne me semble pas bon. Avec la durée, le gel et le dégel, normalement des fissures et des çassures vont apparaîtrent. C'est déjà ce que j'ai constaté sur des Pumptrack qui ont seulement 1 ans. En tous cas, dans le vrai travaux public on ne fait pas comme ça.
J'ai construit une Pumptrack pour ma commune, même avec une finition en sable stabilisé, le fond de forme, les abords et les bosses sont en bon matériaux, type gravier 0/100. Il n'y a jamais d'eau(drainage naturel du gravier) et les bosses et les virages relevés ne bougent pas.
Never83
Statut : Confirmé
inscrit le 21/01/14
Matos : 7 avis
Intéressant ton sable stabilisé, tu as des photos du terrain ? et niveau entretien c'est compliqué par la suite ?
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Tybus

inscrit le 08/04/12
Stations : 5 avis
Il n'est pas mentionné aussi le bilan carbone désastreux de l'enrobé bitume... Sachant que comme mentionné plus haut ce n'est pas une solution durable dans le temps. Aujourd'hui on est plus dans la consommation d'une activité que dans son investissement, personne ne veut plus donner le coup de pelle sur une pumptrack en terre ou tenir l'arrosoir qui auparavant rassemblaient les gens sur la création et l'entretien d'un spot. Le ride d'une pumptrack industrielle en bitume ou béton n'aura jamais le charme, l'accroche et le feeling d'une belle pumptrack en terre bien tassée et shapée aux petits oignons.
aganit

inscrit le 27/12/13
Vous êtes drôles les écolo-bobos. J'espère que tu balades ta Prius sur uniquement des chemins de terre et que ton vélo est fait de palettes recyclés. Sur ce, je vais brûler des pneus dans mon jardin
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Never83
Statut : Confirmé
inscrit le 21/01/14
Matos : 7 avis
Je suis d'accord avec toi pour ce qui est de l'enrobée au niveau écologique. Mais personnellement j'ai un pumptrack pas loin de chez moi qui a été fait par Cervo (cité plus haut) en terre et dernièrement les pluies l'ont beaucoup endommagé... avec mes potes on l'a très souvent balayé, arrosé etc. mais là les pierres ressortent, tout se tasse trop et il faudrait un voir plusieurs camions de terre pour remettre une couche et qu'il soit de nouveau propre. Donc je suis mitigé sur le sujet de l'utilisation de l'enrobée qui aurait peut être fait durer le pump plus longtemps.
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Tybus

inscrit le 08/04/12
Stations : 5 avis
J'habite en montagne, j'ai un pickup 4x4 et je t'emmerde ! Visiblement tu n'as rien compris à l'esprit d'une pumptrack ou d'un champ de bosse en terre...
D'autre part le métal se recycle plutôt bien c'est pourquoi je suis anti cadres et pièces carbones que l'on ne sait toujours pas recycler. Aussi pour ça que j'ai un VTT avec cadre en titane depuis maintenant 6 ans qui peu durer une vie sans la moindre corrosion ni altération de ses propriétés mécaniques. Pas besoin donc d'avoir un vélo en bois pour être dans une logique de durabilité.

PS : l'immolation en t'entourant de pneus au fond de ton jardin est une excellente idée, s'il te manque de l'essence n'hésite pas, je serais ravi de t'en apporter ! <3
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Tybus

inscrit le 08/04/12
Stations : 5 avis
@Never83 Oui c'est pour ça que sur les trails on bâche nos bosses, la pluie peu raviner énormément. Ça pose toute la question de l'emplacement de ce type de structure, par exemple une pumptrack en terre en sous bois ou avec au moins quelques arbres autours souffrira beaucoup moins des intempéries. Après il y a aussi le revêtement stabilisé comme en piste de BMX Race qui draine beaucoup mieux l'eau et permet de rouler jusqu'à un certain degré d'humidité, chose impossible sur une pump en terre pure qui glisse de suite. Après les grosses pierres/ troncs d'arbres ou autres gravats comme structure pour une bosse ou une pumptrack c'est un mauvail calcul : avec les mouvements de terre, les intempéries, le roulage etc ça finit toujours par ressortir...
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domback
Statut : Expert
inscrit le 12/09/07
Stations : 19 avisMatos : 6 avisPhotos : 3 photos du jour
A mon avis il faut le voir sous un autre angle de réflexion, le sport pour tous! Un pumptrack en terre ne permet pas aux gosses de rouler en trott ou de diversifier les disciplines (bike, skate, trott, rollers). Pouvoir rouler en famille ou entre potes et en variant les disciplines est un plaisir assez unique, se rapprochant plus du skatepark/ surf que du dh ou vtt. Pour ce qui est des aspects écolos c'est clair, mais la pérénité d'un pumptrack bien construit est tout de même assez long et rentable en image pour la station/village et la dynamique apporté à la population.
Tybus

inscrit le 08/04/12
Stations : 5 avis
La trotinette, est-ce que cette pratique a réellement sa place dans les sports de glisses?... Vaste débat mais toujours est-il qu'en tant que pratiquant de VTT Freeride, Enduro et de BMX park, dirt/ trail avec un peu de skate de temps en temps je trouve qu'il y a déjà plein de structures comme les bowls en béton, les street plazzas, les skateparks alu, bois, béton qui sont roulables par toutes les "petites" roues (skate, rollers, trotts';). A quand des champs de bosses goudronnés pour que les trotinettes puissent sauter?... Il y a déjà les énormes virages relevés des pistes de BMX Race complètement bitumés bien dégueulasses. La pumptrack vient du BMX et du VTT et a toujours été construite en terre à l'origine et je le redis, en BMX ou VTT avec des pneus adaptés il n'y a rien qui égal la terre pour un puriste.
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