/ Texte Hervé Doulat _ Photos Stefan Neuhauser _ Vidéo Hervé Doulat


Vivez notre saga Enduro & freeride dans le Haut-Atlas Marocain en 2 épisodes (1er épisode ici) ! Avec Dominique Gobel (rider orange) & Bruno Laval (rider vert), Stefan Neuhauser (photo), Pascal Gobel (sherpa) et Hervé Doulat (texte et vidéo).

Le lendemain, nous décidons d’abord d’un départ matinal pour être tôt à pied d’œuvre puisque nous avons une ou deux heures de Land à faire avant d’attaquer sur les hauts plateaux. Une sage précaution que viendra conforter un temps nuageux : nous ne souffrirons pas de la chaleur aujourd’hui.

L’étape démarre bien par un beau chemin bien large et roulant dans un décor magnifique. Puis nous pénétrons dans le massif par un canyon et très vite le sentier disparaîtra dans le torrent qui l’occupe complètement ! Nous prenons nos montures sur le dos, amusés quoique légèrement inquiets, pour faire quelques centaines de mètres le pied dans l’eau jusqu’aux genoux. Ambiance Indiana Jones, nous croisons encore quelques muletiers qui nous regardent amusés. Nous reprenons pied sur la terre pour enchaîner sur une montée plus soutenue dans un cadre toujours aussi beau et un sentier confortable qui nous mènera dans une vallée perchée à près de 2500 m d’altitude.

L’ambiance y est magique : tout est très vert et cultivé, le plateau est habité et les fermes sont nombreuses, disséminées autour d’un bourg que nous traversons entourés d’enfants exubérants. Les champs de blé aux nombreuses nuances de vert ondulent sous le vent et soulignent magnifiquement les sommets avoisinants, tout de pierre rouge et noire. Avant d’attaquer le dernier portage de la journée, nous mangeons au milieu des champs. La mécanique souffre dans ces conditions sèches et poussiéreuses et plus particulièrement les transmissions. Nous profitons d’une boîte de thon à l’huile pour improviser une petite séance lubrification peu orthodoxe mais salvatrice !



L’ascension finale se révèlera un gros morceau, d’autant plus physique que Mohammed a jugé préférable de nous faire prendre droit dans la pente, bien raide et parsemée de buissons qui lui confèrent un caractère labyrinthique... Nos trois freeriders et leurs spads à près de 18 kilos souffrent en silence... Nous arrivons péniblement au col aux alentours de 3000 mètres d’altitude pour découvrir un ciel qui se couvre à la vitesse grand V, mais une descente qui s’annonce splendide ! Dommage pour les images mais elle se fera sous la pluie, avec quelques passages mythiques que nous immortalisons tout de même malgré la médiocrité des conditions de lumière. Plus bas, nous profitons d’un joli spot en gradins pour quelques prises de vues sportives avant d’avaler les derniers kilomètres jusqu’à la ville de Imilchil où nous ferons étape, arrivant une fois de plus au crépuscule et complètement lessivés ! Mais heureux.

A trois jours du vol retour (dont un de transfert et nous sommes à 500 km de Marrakech), le temps est désormais compté. Nous devons faire de l’image, nous focaliser sur un ou deux spots où nous pourrons nous y consacrer pleinement et mettre en œuvre notre tyrolienne, environ 50kg de matériel que nous ne voudrions pas avoir trimbalé pour rien ! Le lendemain, nous décidons donc de partir en 4x4 jusqu’à notre prochaine étape et de repérer sur la route les spots adéquats.

Le premier se présentera très vite : une belle face d’une centaine de mètres de dénivelé surplombant un beau pâturage et zébrée de strates géologiques très graphiques. Je souhaite y tourner une séquence complète – un run décomposé en une vingtaine de plans – pour bâtir une séquence dynamique comme je les aime. Stefan quand à lui décide d’aller shooter au téléobjectif d’en face et pour cela, traverse le troupeau de vaches qui paît paisiblement...

Enfin les vaches c’est sûr, mais le taureau lui fera preuve de beaucoup moins de complaisance pour l’intrus. Et lorsque nous revenons de notre séance, nous retrouvons Stefan boîtant légèrement et l’air vaguement stressé, ce qui ne lui ressemble absolument pas. En fait, et c’est une chance assez inouïe, le taureau l’a chargé et soulevé sur 5 bons mètres avant de le laisser, pour mort sans doute... Aucune blessure et aucun dégât matériel, malgré des cornes bien affûtées et les boîtiers d’appareils photo autour du cou... Un petit miracle qui viendra grossir la liste de nos mésaventures sans conséquences !

Nous reprenons la route jusqu’au gîte où nous nous reposons quelques instants, avant de repartir sur un nouveau spot que nous avions repéré juste avant l’arrivée : une belle pyramide de pierriers noirs de type volcanique, faite de petites pierres bien roulantes et dominant une zone de culture très verte, formant un contraste superbe. Nous commencerons d’ailleurs par tirer la tyrolienne dans les jardins avant d’enchaîner sur les différents versants de la pyramide pour des runs à haute vitesse. Du pur bonheur pour les riders comme pour nous, malgré un temps une nouvelle fois couvert qui plombe un peu l’ambiance. Tant pis, nous jouerons avec ! Voilà qui conclut en beauté une journée riche en images, celles-ci commençant à s’accumuler en un volume raisonnable.

Nous prenons la même option pour le lendemain, histoire d’assurer le coup en termes de photo/vidéo. Nous ferons plusieurs stops sur la route, malheureusement assez longue jusqu’à Ouarzazate où nous avons prévu de dormir et qui nous impose donc un rythme assez soutenu. Nous immortaliserons ainsi une magnifique vue sur un canyon, avec la tyrolienne s’il vous plaît, un sentier très aérien ou un autre serpentant entre de magnifiques terrasses agricoles. Mais le clou de la journée fut bien sûr les immanquables « mains de singe », une merveille géologique de grès rouge où nos riders purent démontrer leurs qualités de trialistes. Encore de très belles sessions qui nous firent arriver bien tard et avec regrets à Ouarzazate où se termine la partie vélo de notre raid. Le lendemain fut consacré au transfert à Marrackech pour prendre en début d’après-midi notre vol de retour. Un trajet en 4x4 sous la pluie, par la fameuse route du col de tizi-n-tichka que nous parcourons en silence l’organisme bien usé et la tête bien pleine.

Le retour à la civilisation est très brutal, d’autant plus que c’est un déluge de pluie froide qui nous accueille en France. Des bagages bien abîmés par le voyage (mais pas les vélos, ouf !) et des douaniers peu avenants nous rappellent que le confort occidental ne rend pas plus accueillant et serviable que ce que nous avons connu dans les villages les plus démunis du Haut-Atlas, bien au contraire. On y retournera.

La vidéo du trip




Quelques conseils pratiques :

Ce type de circuit dit « freeride », qui sont en réalité plutôt de l’enduro car il nécessite bel et bien de sérieuses montées si l’on veut réaliser un circuit, ont un bel avenir au Maroc comme ailleurs. Certaines agences les mettent en place. Il convient toutefois de s’assurer d’une réelle maîtrise du parcours et de l’existence par exemple d’un vrai road-book. Car on augmente avec ce type de pratique la prise de risques et la notion d’engagement prend tout son sens dans l’environnement du Haut-Atlas.

Il faut donc également que les candidats soient en bonne condition physique et aient de bonnes bases de pilotage en terrain montagnard. Un ensemble complet de protections individuelles est à prévoir, le casque intégral pouvant toutefois se révéler trop chaud selon la saison. C’était notre cas et nous étions tous en bols.

Il est tout à fait souhaitable de prendre son propre vélo, si toutefois celui-ci possède les caractéristiques d’un enduro ou freeride léger et qu’il est en excellent état. Un ensemble de nettoyage et de réparation est également indispensable, notamment pour bichonner la transmission. Une patte de dérailleur, un frein et un dérailleur de rechange s’imposent.

Pour le transport de vélos, la compagnie Atlas Blue (filiale de Royal Air Maroc) est la plus performante car pour un forfait de 40€ par trajet, il n’y a pas de limite de poids pour le carton à vélo. Les nôtres faisaient ainsi entre 30 et 40 kg chacun car nous y avons également mis les protections, le matériel de réparation et la tyrolienne. Le billet d’avion nous est ainsi revenu à environ 350 € par personne pour l’aller-retour.

Ce reportage est une coproduction 26in.fr / 1628films / stefan Neuhauser / Saïd Mountain Bike.

Le Portfolio signé Stefan Neuhauser