Essai : Shan n°5 - Production Privée
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Essai : Shan n°5 - Production Privée

Un tout suspendu en acier ?!
Texte Oliver G
Photos Oliver G
Texte Oliver G
Photos Oliver G
Un tout suspendu en acier ?!
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Production Privée est probablement une des seules marques dont nous sommes convaincus qu'ils ne produiront jamais un vélo assisté électriquement et on trouve que c'est un bonne chose. Basés en Andorre, ces mecs bien tarés comme on aime et produisent des vélos aux cadres en acier depuis un bon bout de temps. Alu ? Carbone ? Connait pas !


A l'origine on parlait uniquement Endu-rigide chez PP mais depuis quelques mois, une étrange monture "toute molle" est apparue dans leurs locaux à La Massana... Il s'agit du Shan N°5.

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Retour tout d'abord en vidéo sur tout le processus de développement et de conception du vélo. C'est assez rare pour être noté, ce n'est pas souvent que les détails de production et de prototypage sont dévoilés et les images de soudures sur l'acier feront baver tout le monde :

Le cadre

Rentrons directement dans le vif du sujet. Ok, vous l'avez compris, le cadre est fait de beaux tubes en acier. De très beaux tubes même car il s'agit d'acier cromo 4130 MCS ! C'est bien plus fin en look que ce dont nous sommes habitués de nos jours, c'est très confortable et ça apporte un grip de fou.

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En ce qui concerne le sizing, le vélo qui nous avions en test était un L / XL soit normalement pour un bonhomme de 182 à 192cm de haut. Ça tombe bien, avec la taille de nos 2 testeurs figurant parmi cette plage, nous étions donc sur le bon destrier.

Quand on l'enfourche on sent tout de suite que l'on n'est pas sur n'importe quel vélo. On s'explique : le top tube est long (et fin aussi de part les tubes en acier), l'angle de chasse est ouvert pour un vélo de ce débattement et les bases sont courtes. Le dégagement au niveau du pneu arrière est assez large et permet d'accueillir des pneus allant jusqu'à 2.8 si l'envie vous en prend.

Sur le papier le vélo est plutôt simple d'aspect et très stylé. On retrouve un petit renfort de tige de selle (le tube de selle est plutôt court et le tube supérieur assez sloping). Le point de pivot principal du bras arrière se situe en avant du tube de selle, posé sur le tube diagonal et à hauteur de la couronne du pédalier.

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Le cadre

C'est donc là la particularité qui fait la bête. Comme expliqué plus haut on est sur de l'acier avec une géométrie et une finition toute particulière. Tout d'abord côté peinture, outre le jaune Bahamas (coeur coeur avec les doigts), il y a ce coloris "classic" inspiré bien évidemment des anciennes voitures de sport et qui est du plus bel effet. C'est classe, assez discret et avec les finitions Kashima des suspensions ça en fera vraiment baver plus d'un. A noter côté peinture qu'un traitement ED anti-rouille recouvre l'extérieur et l'intérieur des tubes.

Le dessin monopivot apporte de la simplicité dans l'entretien avec de beaux roulements surdimensionnés. Le basculeur apporte quant à lui toute la progressivité nécessaire à rendre ces 140mm de débattement quasi-infinis !

L'amortisseur est monté sur une patte forgée laissant entrevoir d'éventuelles modifications de cinématique si jamais PP venait à développer une nouvelle patte.

Du côté du bout du cadre on retrouve aussi deux pattes qui viennent étreindre l'axe arrière qui est malheureusement à vis - no serrage rapide !

Les soudures sont magnifiques tout autant que l'attention du détail apportée aux différentes parties du vélo. On a eu du mal à le sortir pour le salir tellement il était classe et tout brillant dans nos bureaux à sa réception.

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Les suspensions

Quoi de mieux pour équiper une belle pièce que d'autres belles pièces ! En l'occurence une FOX 36 29/27,5 Factory series, FIT4, 150mm travel, 110x15mm à l'avant et un Fox DPX2 Factory series 210x55mm à l'arrière. Sur l'avant on prévoit donc très large au niveau du dégagement avec cette fourche capable de recevoir du 29" ! Et à l'arrière avec son piggy-back, le DPX2 est prévu pour en prendre plein la gueule dans le défoncé - tant mieux c'est ça qu'on compte faire !

Pour la fourche nous avons eu du mal à trouver le bon réglage pour la sensibilité sur les petits chocs mais quand c'est défoncé pas de soucis, l'ensemble était tout de suite bien adapté et réactif !

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Les périphériques

Avec un sublime cockpit 100% Production Privée, que demander de mieux ? Les grips, comme le cintre peuvent être réglés grâce aux indications gravées sur le cintre et la potence. En ce qui concerne les grips, nous les avions testés l'été dernier.

A savoir que le cadre Shan n°5 est disponible en option "rolling chassis" ce qui signifie que le vélo peut être livré avec roues avec pneus, suspensions, cockpit et tige de selle téléscopique. Il ne vous restera alors qu'a adapter votre transmission et vos freins (et une selle aussi, c'est mieux) avant d'aller limer les chemins.

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Transmission et freinage

Du classique de ce côté là donc on ne va pas y passer des heures. Du 1x11 en GX pour le pédalage et du Guide RS pour les freins. Un bon combo pour qui souhaite avoir un équipement fiable, silencieux et qui ne lui coutera pas un rein s'il venait à casser une pièce.

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Roues

De belles ZTR MK3 (aux couleurs d'autocollants non définitives nous dit-on dans l'oreillette) permettent au Shan n°5 de rouler droit. C'est solide et large et ça permet de monter de bons pneus en 2.4 WT pour maintenir le cap et s'amuser avec des pressions assez basses. Un passage obligatoire pour tout vélo "moderne".
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Action ?!

Bon, ça suffit sur le blabla à propos du matos. Tout le monde veut savoir comment il roule !!!

Et bien il roule comme ça :

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Bon on déconne ! On va juste devoir s'excuser d'avance car beaucoup de photos que vous allez voir dans cette partie "Action" de ce test sont des dérapages dans la peuf d'un mois d'octobre très sec aux 2 Alpes (que nous remercions pour leur accueil au passage).

Les dérapages, parlons-en. Ce n'est pas parce qu'on a fait plein de dérapages que c'est un vélo qui est facile à faire déraper. On s'explique : la suspension travaille très bien et les propriétés plus "molles" d'un acier par rapport à un alu ou un carbone font que l'arrière va plus se déformer sur un gros appui et donc absorber un peu plus l'inertie latérale qu'on va vouloir lui donner - pour justement déclencher un dérapage.

Une fois qu'on a compris qu'il va falloir plus de speed et plus d'énergie pour déclencher le dit dérapage et qu'il va falloir mettre plus d'angle pour que ça parte alors après on en revient à vraiment prendre le plaisir du délire complet qu'inspire ce Shan n°5 !

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Concernant sa prise en main, comme mentionné plus haut, ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas retrouvé au guidon d'un vélo avec un cadre aussi fin ! Les tubes acier faisant, on n'est pas sur de l'alu hydro-formé ou des moulages over-size en carbone. Un tube relie un autre tube qui en relie un autre et c'est aussi simple que ça. C'est simple et ça marche ! Car une fois l'abstraction faite de ce tube supérieur qui parait un peu chétif, on sent qu'avec la géométrie du Shan n°5, on n'est pas là pour trier les lentilles.

Encore concernant la prise en main, ce qu'on peut dire c'est qu'a l'arrêt et au moment de le ranger dans la voiture, le n°5 semble lourd. Il l'est un peu c'est vrai - il faut l'avouer. Avec pas loin de 14,4kg sur la balance ce n'est pas un bike shapé pour claquer des chronos en XC. Mais ce n'est heureusement pas son programme.

Ce qu'il faut noter c'est que malgré cette sensation un peu lourde à l'arrêt, une fois que les roues tournent c'est une autre histoire. En action le bike semblerait plutôt peser dans les 12kg tant il est joueur et tant on peut en faire ce qu'on veut !

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Les gars de chez PP nous avaient prévenu - ce bike va nous pousser au vice !

Après quelques runs centaines de mètres à son guidon on se retrouve tout de suite à claquer des figures de style sur les tables d'une piste de Bike Park, amortir toutes les petites simples, décaler la roue arrière pour arracher de la terre aux bordures de la piste et mettre une touche de style dès qu'une roue commence a quitter le sol.

En bref, le vélo met en confiance et sa légèreté à l'usage donne envie de le placer dans les positions les plus absurdes (suivez notre regard...)

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Slap me hard ?

On vous épargne la traduction littérale de la protection de la base arrière - vous l'aurez bien compris, ce vélo aime qu'on lui rentre dedans.

Il n'aime pas qu'on lui rentre dedans dans le sens où il faut rouler fort pour pouvoir exploiter son potentiel (comme sur certains Bronson et autres machines a chasser le chrono qui demandent 80% d'engagement pour pouvoir dévoiler leur potentiel). Il aime qu'on lui rentre dedans car il n'a quasiment pas de limites et va toujours en redemander.

Un exemple flagrant étant que lors du shooting pour illustrer ce test, nous avons passé la journée à limer les pistes des 2 Alpes à s'envoyer les tables comme des bourrins, à s'attaquer dans Venosc comme des cochons et a aucun moment n'avons nous compris que nous étions sur un vélo de 140mm de débattement à l'arrière.

La progressivité de la suspension est telle qu'on ne tape jamais au fond et c'est pas faute d'en avoir une longue d'avoir essayé !

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La montée ?

La position fermée de l'amortisseur va venir vous aider à emmener ce vélo fun au sommet de vos descentes et tracés d'enduro les plus jouissifs. Sans ce raffermissement de début de course, vous risquez d'y laisser un poumon car il faut se le dire, le N°5 n'a pas été conçu pour aller taquiner du Julien Absalon. 

Tiens d'ailleurs, assez parlé de montée, voici une autre photo de dérapage :

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Silencieux ?

Amateurs du fameux "clac clac clac" d'une chaine fouettant les bases carbone de votre monture chinoise à 12 000€ passez votre chemin !

Ce n'est qu'en fin de test qu'on s'est rendu compte à quel point le Shan n°5 est silencieux ! Pas de jeu, pas de craquements, le tout pendant un gros mois de testing ! L'acier et la simplicité de construction y est surement pour quelque chose. Les petites vibrations sont absorbées par les tubes, les gros moyens et gros chocs par l'amorto et votre corps, vos pneus et les jantes feront le reste.

Le vélo est tellement silencieux qu'on en entendrait presque chanter les Choucas sur ces deux prochaines photos très bucoliques :

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Retour un peu au concret. Le long tube supérieur apporte stabilité et donne envie d'attaquer. Le seul côté négatif que nous avons trouvé à cela c'est qu'il faut aller charger l'avant dans le sinueux et le technique pour que le vélo ait un comportement vif.

Les bases arrières assez courtes font qu'il vire facilement de bord, notamment dans les relevés par contre ce n'est pas un vélo qui cabre tout seul, il faut quand même tirer un bon coup pour placer la roue avant en orbite.

L'acier apporte vraiment en confort car il diminue de beaucoup des petites vibrations et permet une déformation du cadre très saine qui apporte un grip de fou en courbe. Forcément quand on pédale comme un bourrin en danseuse on ressentira un léger manque de réactivité par rapport à un cadre en carbone mais on ne peut pas tout avoir et le Shan n°5 ne se destine clairement pas à ceux qui comptent poser des sprints.

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A qui se destine le Shan n°5 alors ?

Après 1 mois de test, il est facile de répondre à cette question. Tout d'abord, tous ceux qui ont aimé les autres Shan et bikes produits par Production Privée car ce vélo respire la joie de vivre de ses créateurs et se place clairement dans l'esprit voulu par Damien et David : Un très beau vélo sur lequel le plaisir de ride prime avant tout.

Ensuite avec le Shan n°5 on retrouve un vélo fun, ludique, joueur et confortable à rouler. Vous pourrez tenter de vous aligner au départ d'une course avec mais là n'est pas son terrain de jeu favori. Le Shan n°5 voudra vous pousser à la déconne et aux bizarreries et il n'a pas plus envie que ça de chasser le chrono.

Le Shan n°5 va vous aider à trouver toutes ces petites pierres qui pourront servir d'appel en bord de chemin, toutes ces courbes naturelles dans lesquelles vous irez carver un gros virage en drift dans les feuilles. 

Trop d'engagement ? Trop long ? Trop vite ? Il y a de bonnes chances que vous arriviez quand même à passer^^ car il saura parfaitement pardonner vos excès !


Pour conclure, le Shan n°5 vous donnera la banane si votre truc c'est de vous tirer la bourre avec vos potes quels que soient les chemins, en bike park ou dans les singles derrière la maison. C'est ce qu'on appellerait un vélo plaisir, qui avec autant de capacités pour son 140mm de débattement vous permettra de tenir vos potes qui en ont une de  180. Point.

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Note: les plus malins et observateurs auront remarqué qu'il s'agit de Maxime Danda (jeune rider complètement taré ayant récemment signé pour rider chez PP) sur une partie des photos de cet article. Maxime a été sollicité pour son style et sa déconne pour les photos mais n'a pas pris part à sa rédaction ni au test pour une évidente question d'objectivité. Ce sont bien Oliver et Vincent qui ont eu la charge du test et de la rédaction.


Pour plus d'infos sur le Shan n°5 - rendez vous sur le site de Production Privée

8 commentaires

julienkox
Statut : Expert
inscrit le 12/04/11
Beau ce Shan N°5 ! Ça doit être fun de rouler avec ça !
Pour la Fox 36, normal que vous ne soyez pas arrivé à avoir plus de sensibilité sur les petits chocs, c'est caractéristique des dernières 36 quand elles sont neuves, après quelques heures de ride ça va déjà mieux.. et la sensibilité sur les petits chocs est meilleure..
 

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JMRS63

inscrit le 14/12/15
Perso je suis un peu dubitatif . C est un tres beau vélo et surement très bien réussi mais le matériaux de construction reste pour moi l erreur . On connait les avantages de l acier et PP reste un maitre sur les Hardtail mais sur un TS ... je doute de l intérêt . J ai du mal a croire qu on puisse sentir quelconque avantage de l acier ici avec une suspension av/ar . Qu un matériaux soit plus souple qu un autre ok mais face a amortisseur ...... Maintenant j ai pas posé mes fesses dessus mais a mon avis le ratio souplesse/poids n est a mon avis clairement pas en faveur de l acier sur se vélo . Bref je vois pas l intérêt d un tel vélo , notamment chez PP qui aurait du s abstenir et resté dans leur créneau (les HT) ou partir sur de l alu/carbone ; voilà mon avis
Massacre
Statut : Confirmé
inscrit le 07/10/11
L'intérêt est dans les premières phrases de l'article: tellement de grip qu'ils ont eu du mal à faire les premiers dérapages volontaires. Sur un mono prise directe ça en dit pas mal...
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