Flo Arthus et les ligaments.
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Flo Arthus et les ligaments.

"La rééducation c'est un ascenseur émotionnel"
Texte Flo Arthus + 26in 
Photos Voire mention
Texte Flo Arthus + 26in 
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"La rééducation c'est un ascenseur émotionnel"

Flo Arthus, c'est un passionné de descente, plutôt doué quand il n'est pas en train de faire ses exercices de rééducations. En 2011 lors de la coupe du monde à Windham il s'est fait ses premiers "croisés" (rupture des liagements croisés du genou), s'en est suivi trois autres ruptures. Deux à droite et deux à gauche histoire d'équilibrer le tout. Trois fois à vélo et une fois en snowboard. 4 opérations en 5 ans. Faut croire qu'il aime la morphine post-opératoire, qu'il est un peu maso ou qu'il ne lâcherait pour rien au monde sa passion : aller vite sur un gros vélo. 

Nous lui laissons maintenant la parole pour vous raconter sa rééducation (surtout la dernière en date), peut-être que son vécu vous servira. 

Les ligaments c'est comme une cuite, on en prend une, on dit "plus jamais"... et on y retourne! 

Flo Arthus

Paroles d'un survivor

Flo Arthus 

La rupture des ligaments croisés est une blessure très classique des skieurs et qui reste assez rare pour le VTTiste. La première fois je partais vraiment dans l'inconnu, première fois que je passais sur le billard, première anesthésie générale … J'avais la trouille même si je savais que j'avais un bon chirurgien, un bon plan de rééducation tout était bien calé. A chaque fois je revenais motivé comme jamais le couteau entre les dents, des fois je me demandais ce qu'il se passait dans ma tête pourquoi je n’étais pas déprimé et au fond du seau à l'idée de me faire ré-opérer (peut être que j'aime ça …).

Cette quatrième opération était la plus compliquée mon genou avait déjà bien morflé : les cartilages et les ménisques bien abimés, Dr Fayard aka The Boss a dû réaliser une ostéotomie pour remettre tout ça dans l'axe. Il faut un bon chirurgien car c'est grâce à son travail que la rééducation va se dérouler et le genou je vais le garder toute ma vie, autant que ce soit bien fait. A force de le voir 4 ou 5 fois par an il est devenu un ami !


La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) a un impact sur les activités sportives car elle est source d’instabilité dans les pivots. Il s’agit d’une lésion potentiellement grave car les épisodes répétés d’instabilité peuvent être responsables de lésions des ménisques et du cartilage. Ces lésions peuvent engendrer des douleurs et l’usure de l’articulation (arthrose). Dans cette situation, la reconstruction isolée du LCA s’avère insuffisante et un geste tel que l’ostéotomie doit y être associé afin de décharger la zone du genou usée.

Docteur J-M Fayard

1. L'opération

Tout d'abord pour qu'une opération se passe bien il faut la préparer c'est comme UNE COURSE, comment ils disent déjà ? « Entrainement difficile, course facile » (je vous rassure ça sera loin d'être facile quand même). J'ai vite compris tout ça dès la première opération.

Bien préparer une opération c'est arriver le jour J en forme, le genou sain (pas gonflé et avec les meilleures amplitudes possible : flexion et EXTENSION). Je faisais beaucoup de vélo mais suivant les lésions que le genou a, ça se limite au vélo de route. Ça vaut le coup d'aller chez le kiné avant car j'attaquais les exercices qui étaient mon quotidien en rééducation post opératoire comme les contractions du quadriceps (chose qui a l'air simple mais qui est assez technique au début pour avoir une belle contraction). Il est indispensable d'avoir une bonne hygiène de vie au moins deux semaines avant, donc pas d'alcool, pas de mac do, ni aucune de ces conneries !

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2. Le centre de rééducation

La rééducation post opératoire est très importante, le Docteur Fayard envoie ses patients sportifs dans le centre de rééducation d'Hauteville, très connus des skieurs de l'équipe de France mais aussi de bon nombre de footballeurs et rugbymans professionnels.

La première arrivée au centre ça fait tout drôle, ce grand bâtiment, ces grands couloirs, et toutes ces fourmis aux genoux cassés qui grouillent de partout. C'est devenu ma deuxième maison, j'y ai passé 22 semaines en 6 ans. J'arrivai au centre le lendemain de l'opération dans le gaz complet encore sous les effets de l'anesthésie. Le trajet dans l'ambulance fut un sacré périple, surtout que je suis tombé sur un apprenti Colin McRae ...

Au centre il y avait des kinés, des infirmières, des médecins, une psychologue, une diététicienne, comme dans un hôpital. Tous les services échangent vis à vis de mon état, un véritable suivi médical en somme avec une équipe à l'écoute. Il y avait une bonne ambiance entre les patients j'ai rencontré plein de personnes, de sportifs différents, avec qui je suis encore en contact. Mais il est très important de ne pas se comparer aux autres car ça peut vite faire mal moralement.

Dès mon arrivée le kiné me fait mon bilan d'entrée : les périmétries, les amplitudes, les douleurs et me pose quelques questions sur mon sport (niveau, intensité), notre métier, notre l'accident...

On échangait beaucoup entre patients dans le centre, on passait nos journées ensemble (à part la dernière opération où j’ai passé 20h par jour enfermé dans ma chambre car j'avais trop mal), mais c'était toujours un peu la même chose.

Les questions les plus récurrentes étaient de cet accabit : 

  • Tu as eu quoi opération ?
  • Qui t'a opéré ?
  • Tu plies à combien ?
  • T'as le verrouillage ? 

Après le 4ème genou cet interrogatoire était devenu une routine et  j'avais envie de parler d'autre choses avec mes camarades d'infortune. 


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3. La première phase de rééducation

En première phase deux séances de kiné rythmaient (ou occupaient...) mes journées, une le matin et une l'après midi. C'est pendant cette période que j'ai appris le mot PATIENCE, la kiné prend une courte partie de la journée le reste du temps il faut glacer le genou, se reposer car les nuits étaient courtes avec les douleurs et les journées sont longues, je regardais les copains sur les coupes du monde ça me motivait à revenir, à être sérieux pour reprendre le vélo, la compétition. Je suis resté plusieurs jours alité pour suspicion de phlébite, c'était interminable.

Les autres occupations de la journée consistaient à ça :

  • Les prises de sang à 6h du matin,
  • les piqures contre la phlébite,
  • le changement de pansement
  • et traverser le long couloir pour aller chercher de la glace. 

 Mon genou a vu plus de glace que le bac à glaçon du pop plage cet été 2017 !

Quand la douleur arrivait et que je me tordais de douleur tout seul sur mon lit d’hôpital avec les larmes aux yeux, il n’y avait que la patience et Noir Désir comme médicament… Je rêvais de transpirer d'effort et non de fièvre !

C'est pendant cette période que les doutes s'installaient : vais-je pouvoir reprendre le VTT ? A quel niveau ? Quelle pratique ? Est-ce que j'aurai la trouille ? C’est surtout durant la rééducation du dernier genou où je doutais le plus. J’avais passé 1 mois alité, 45 jours dans un fauteuil roulant sans pouvoir poser le pied, il m’arrivait de penser que ce serait impossible de refaire de la bicyclette de montagne ou pire, impossible de remarcher…

J’avais le moral dans les chaussettes, les médicaments me fichaient des effets secondaires comme des maux de tête, de ventre, des vertiges, des sueurs froides, j'avais juste envie de me taper la tête contre les murs... J'ai beaucoup pleuré pendant cette période, j'en voyais plus le bout, les médicaments ne calmaient pas mes douleurs. J'ai profité de cette période pour voir la psychologue du centre, c'était cool de parler à quelqu'un de neutre. Les aides soignantes et infirmières qui me connaissaient bien me disaient qu'elles ne me reconnaissaient pas car j'étais translucide.

4. Retour à la maison

Après 3 semaines au centre je suis rentré à la maison avec un programme d'exercice à faire pendant l'inter-phase. Durant cette période je commençais à avoir une vie normale mais il fallait bien rester calme pour ne pas faire gonfler le genou ou pire re-casser la greffe. La première fois j'avais pas mal brassé mais je me rendais vite compte que pour une soirée avec les copains on peut vite perdre une ou deux semaines de rééducation, et là le moral en prend un gros coup. La première victoire c'est d'enlever les béquilles et commencer à pouvoir se déplacer normalement : marcher ! En 2017, j'ai gardé mes béquilles 4 mois à cause de mon ostéotomie, 4 mois de galère, dont un mois en fauteuil roulant ! Je me rappelle avoir eu des papillons dans le ventre la première fois que j'ai pu reconduire, prendre des cordes, mettre du gaz, c'était jouissif ! Je suis même allé voir Airbourne en fauteuil roulant sur la scène handicapé. 
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5. La deuxième phase de rééducation

Au bout d'un mois et demi post-op, je suis retourné au centre pour la deuxième phase. Ceci marque le début des activités : 
  • Presse, 
  • vélo, 
  • stepper, 
  • travail spécifique, 
  • de la proprioception (capacité à percevoir la position des différentes partie du corps), 
  • des exercices d'équilibre sur la jambe opérée
  • et même de la slackline en fin de séjour. 

Les journées passaient beaucoup plus vite, je transpirais, je reprenais la muscu, je pouvais me défouler, ça mettait un sacré coup de boost au moral. La première fois que l'on m'a remis sur un vélo d'appartement les premiers tours de pédales m’ont fait un bien fou mais je n'arrivais pas bien à pédaler, je tournais à 70tr/min comme un papy à 10watts de résistance. 

6. La reprise du vélo de route

En 2017, à la visite des 3 mois le chef a dit « tu peux reprendre le vélo de route tranquille ». Après avoir regardé entièrement le tour de France et la Vuelta, c'était Noël ! J'ai commencé par des petites sorties en pédales plates, puis au bout de 2 semaines j'ai remis les pédales autos.

Mais 3 semaines plus tard j'avais mal partout, trop c'était trop ! Le corps avait dit stop ! Retour à des sorties d'handicapé pour reprendre tranquillement la caisse. En rééducation c'est très dur de doser il faut savoir arrêter AVANT la douleur, sinon c'est un énorme temps perdu.

L'approche des 3 mois post opératoire est un moment hyper dangereux, le genou va bien on peut (normalement) courir, faire du vélo mais c'est là que la greffe est la plus fragile (le tendon prélevé se transforme en ligament). En 2011, j'étais allé marcher tranquille en montagne et j'avais chuté, mon genou était venu en flexion max et là tout me passait par la tête, « non je n'ai pas re-cassé mon genou ? ». Il faut toujours être très vigilant et être sérieux : continuer la rééducation, la musculation sur la jambe opérée et voir régulièrement un kiné pour checker le genou.

7. La troisième phase de rééducation

Je suis retourné à 4 mois post-op pour faire ma troisième phase de proprioception au centre d'Hauteville sauf que j'y suis arrivé en béquilles donc pas de proprio, une belle petite claque ! Donc j'ai refais les mêmes exercices que précédemment, persévérance. Je me vengeais le soir sur le SkiErg où coaché par Jean Mi et Giulia j'ai battu le record du centre du 10kms en 44minutes. Le sang dans la bouche, le rêve.


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8. L'ennui à la maison

Durant mes jours de repos j'en avais marre de regarder Netflix et mon smarthphone j'avais fais une overdose de ces conneries, mes journées n'étaient pas productive pour un sou … J'ai du trouver d'autres occupations pour faire passer mes journées d'hyper actif qui retrouve sa jambe … je me suis donc lancé dans la restauration d'un vieux 103spx, comme dans ma jeunesse, petite prépa moteur, peinture et ponçage à la main, ça m'a bien pris un mois cette histoire. Ma mère disait : « c'est facile Flo soit il est en vadrouille sur son vélo de route soit dans le garage sur son brelon ». Je me levais le matin à 6/7h avec le soleil pour attaquer à bricoler et quand il faisait bon j'allais rouler, je rentrais petite sieste et je bricolais sur la brelle jusqu'à la nuit. Je voulais vraiment remplir mes journées autrement j'avais l'impression d'avoir perdu 4 mois de ma vie …

Après 500kms de vélo de route j'ai commencé à me sentir mieux !

Je faisais 3 séances de kiné de 2 heures par semaine et 10 à 15h de vélo de route sur 6 sorties. 

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9. CERS Cap Breton

Avant l'hiver pour faire un gros bloc de rééducation j'ai décidé de retourner au CERS de Capbreton, où déjà allé en 2015. 

J'ai signé pour trois semaines de ré-athlétisation avec 1700kms dans les jambes et je ne regrette pas. Là bas je faisais six séances de cardio sur vélo où le préparateur physique ne m'a pas raté (un vendredi matin à 8h, 24 fois 30/30 m'attendait en guise réveil musculaire …). S'ajoute à ça la rééducation spécifique du genou, trois séances de muscu du haut du corps par semaine, cinq d'abdos, et cinq de piscines. Mais comme tout ne se passe jamais comme prévu j'ai attrapé une bursite à l'épaule donc pas de muscu, pas de natation pendant le séjour.

Trois belles semaines pour se refaire la caisse et reprendre le goût du sang dans la bouche !

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10. Hiver à la maison et retour sur le VTT

J'étais content de rentrer à la maison mais rapidement je me suis senti seul, tout le monde allait skier pendant que moi je faisais mes séances de home trainer et d'abdos à la maison ou des séances de muscu au centre sportif des Menuires. L'ambiance CERS me manquait j'avais l'impression de plus rien faire, mais il fallait se reposer.

Je me suis forcé à ne pas monter sur le snowboard pendant 1 mois, le boss (Docteur Fayard) n'était pas contre mais je commençais à me connaître alors il était plus sage de ne pas monter sur le bastin. Alors, comme les vrais cafistes, je faisais des montées en ski de randonnée et descente en télésiège à l'aube. 

Fin décembre 2017, j’étais de retour sur le snowboard tout seul sur les pistes, c'était vraiment un bel accomplissement. J'ai rapidement repris de bonnes sensations et confiance. 

Pendant l'hiver j'ai eu des problèmes de dos, j'ai surement repris trop fort (encore une fois) je faisais beaucoup de rando, de muscu sur ma jambe opéré, de gainage et on a pas mal déneigé au boulot. J'ai passé plus d'un mois à galérer, je devenais fou j'avais l'impression de retourner en arrière, mais avec un peu de patience, des séances d'ostéo, des soirées d'étirements et des belles journées à faire des crêpes et parier en ligne au PMU avec mon pote Victor (Galuchot) tout commençait à rentrer dans l'ordre.

J'ai repris le VTT durant l'hiver, les dérapages et les virages sur la roue avant : tout va bien ! J'ai acheté un nouveau vélo de DH. La descente... chose que je n'ai pas faite depuis octobre 2014. Je suis, maintenant tellement impatient de retourner dans un portillon et d'entendre « tutututuuuuuuuut ». Je sais pas du tout comment ça va se passer, mon genou n'est pas encore à 100% la plaque me dérange j'ai encore une déficit sur le quadriceps. Je vais (essayer) de prendre de retrouver des bonnes sensations doucement. 

(ndlr : à l'heure où nous publions ces lignes Flo Arthus a terminé 4ème de la coupe AuRA de DH à Cormavalanche. Une médaille en chocolat qui est certainement une victoire pour lui !)

J'ai fait une super journée avec Jérome Crocombette de Passion Vélo Thiers, qui me fait les vélos et la famille Pierron à Brioude, c'était top de reprendre avec les copains et de remettre un peu de gaz.

Le CERS me conseillait de revenir au printemps pour refaire 3 semaines de préparation mais j'ai plus envie d'aller dans ces centres, j'ai l'impression d'y passer tout mon temps et à un moment il faut aller travailler ...

Il faudra que je me fasse opérer une nouvelle fois cet automne pour enlever les 6 vis et la plaque dans le tibia pour j'espère la dernière opération avant un bon moment ... 


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Beaucoup de gens m'ont dit qu'il fallait que j'arrête mes conneries car j'allais me détruire la santé… Mais plutôt crever la gueule ouverte qu'abandonner le sport que je fais depuis 1998 … j'y peux rien la connerie fait partie de moi.

Je suis donc motivé comme jamais pour repartir sur les compétitions pour 2018 en DH et DH marathon avec le soutien de Passion Vélo Thiers, Les Menuires, Kali, Aphex et Spécialized. J'ai encore envie de faire des choses dans le vélo, ces blessures m'ont coupé dans mon élan en 2011 quand je rentrais pour la première fois dans le TOP 50 en coupe du monde (à Mont Saint Anne). J'ai muri (ça va faire rire mes copains, ça !) pendant ces années et j'aborde le vélo différemment. J'ai fais beaucoup de snowboard pendant ces 4 dernières années et ça m'amène une autre vision.

Je voudrais remercier Jean-Marie Fayard qui a fait un super boulot et qui a répondu à tous mes appels et messages quand j'étais au fond du trou, Stéphane mon kiné d'Hauteville, Jean Mi le prep physique, Marie ma kiné au CERS et Max le prep physique, tous les copains qui ont été là et sont venus me voir et particulièrement Antoine Jay mon taxi, cuisto, infirmier pendant l'été. Le centre sportif des Ménuires pour m'avoir mis à disposition la salle de muscu ! Et bien sûr, mes parents qui m'ont supporté tout l'automne à la baraque.

LOVE - Flo Arthus

5 commentaires

rafafouel
Statut : Gourou
inscrit le 24/11/13
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Wooow un magnifique exemple de persévérance ! On sent vraiment Qu'il vit pour le vélo

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Oliver Gough
Statut : Gourou
inscrit le 03/09/15
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#beau ! Excellent témoignage! A lire absolument par tous ceux qui se blessent (souvent^^)

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VER

inscrit le 31/05/18
Superbe article !
Très complet et très enrichissant !
Votre site est vraiment génial car ce sont des articles de fond avec des sujets variés !
Léa W2L
Statut : Gourou
inscrit le 31/01/07
Stations : 6 avisMatos : 9 avisPhotos : 19 photos du jour
Au nom de 26in et Flo Arthus, merci pour ces compliments qui vont droit au coeur.
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